TRIBUNE : L’asymétrie d’hier ne peut pas être le scénario de demain
01 Oct 2026
Quand NPA est né, le paysage audiovisuel français reposait encore sur un ordre patiemment bâti avec des chaînes nationales qui investissaient dans la création, une régulation exigeante mais lisible, un financement vertueux qui reliait audience, publicité et production audiovisuelle et cinématographique. La télévision était alors le socle de l’exception culturelle française. Vingt-cinq ans plus tard, ce monde a muté et l’histoire de notre secteur pourrait presque s’écrire comme celle d’une longue asymétrie, subie puis combattue et demain, il le faut, vaincue.
En un quart de siècle, la télévision – désormais prolongée par le streaming premium – est passée d’un écosystème national, structuré et régulé, à un espace totalement ouvert. Chaînes historiques, plateformes de streaming, réseaux sociaux, services de partage vidéo et créateurs indépendants y rivalisent pour capter l’attention du public, mais avec des règles du jeu profondément différentes.
Cette asymétrie, nous la connaissons par cœur. Elle est réglementaire d’abord, avec des obligations de contribution à la création, des quotas de diffusion, un encadrement strict de la publicité, quand d’autres acteurs, opérant depuis l’étranger, échappent à ces cadres. Elle est fiscale ensuite, il suffit sur ce point de regarder l’étude de NPA sur la différence entre le CA déclaré en France par les plateformes de partage de vidéo et les réseaux sociaux et les déclarations d’investissements des annonceurs chez ces mêmes acteurs pour comprendre que la transparence n’est pas au rendez-vous. Elle est dans la responsabilité ensuite ou, concernant la publicité, notre modèle de régulation basé sur la protection du consommateur affronte un modèle dans lequel le profit est seul à compter et rien ne protège le consommateur de publicité trompeuses ou frauduleuses.
Le tout a nourri un sentiment, légitime, de concurrence inéquitable, alors même que le public, lui, ne distingue absolument pas qui a produit le contenu qu’il regarde.
Et pourtant, à l’heure de dresser ce bilan de vingt-cinq ans d’asymétrie, nous ne voulons pas céder à la nostalgie d’un âge d’or disparu, et encore moins à la résignation d’un combat qu’on accepterait perdu d’avance. Car ce que cette période a aussi révélé, c’est la résilience et l’inventivité d’un secteur qui a su se réinventer sans jamais renoncer à son exigence de qualité. Le nombre de français regardant la télévision et le streaming Premium chaque semaine n’a jamais été aussi important et le nombre d’heures produites par les éditeurs conventionnés a battu son record.
Surtout, les dernières années ont apporté les premières briques sur lesquelles construire le un rééquilibrage. La directive SMA (version de 2018), le DSA, le DMA sont des avancées européennes, il faut maintenant que la France fasse sa part après 25 ans d’immobilisme. Un chemin s’ouvre que nous devons continuer à tracer avec détermination vers davantage d’équité. C’est tout le sens de l’engagement de l’Alliance Des Médias TV et Vidéo : porter une voix collective, refuser la fatalité d’un déclin annoncé et défendre un principe simple, celui d’une concurrence loyale entre tous les acteurs qui s’adressent aux mêmes publics. Comme le dit Spiderman « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités », mais il faut se rappeler que la citation originale vient de Danton et du Comité de Salut Public, « Ils doivent envisager qu’une grande responsabilité est la suite inséparable d’un grand pouvoir ».
Les vingt-cinq prochaines années s’annoncent donc révolutionnaires mais nous les abordons avec une conviction intacte : notre secteur a des atouts uniques, une expertise éditoriale, une capacité de production et une confiance du public qu’aucun autre acteur ne peut revendiquer. L’asymétrie d’hier ne peut pas être le scénario de demain. Rendez-vous dans vingt-cinq ans pour un bilan résolument plus équilibré !
François Pellissier, Président de l’ADMTV
Hortense Thomine-Desmazures, vice-présidente de l’ADMTV